Le patineur du futur (3/8) : les pieds, la suite

Publié le par Vincent Esnault

Le patineur du futur, c’est celui qui naîtra des éprouvettes des scientifiques de laboratoire. Dans un futur proche, ils seront capables de confectionner l’athlète parfait, celui qui pourra briser tous les records et gagner sans coup férir. Cet hiver, nous sommes allés enquêter dans les laboratoires secrets qui élaborent des prototypes et tricotent des génomes. Première étape : l’officine du professeur Sporkosy à Olomuc.

 

 

Le professeur n’avait rien de l’individualiste qui balancerait des « moi je » à tout bout de champ : il prenait au contraire son pied à travailler en équipe. Prendre son pied, c’est un bien grand mot, car son visage ne laissait rien transparaître de sa joie. Bien au contraire ! Mais quand on l’a côtoyé un peu, on finit par savoir décrypter ses émotions. Une fois la glace brisée, il devenait même presque volubile sur ses recherches.

 

Notre premier sujet de conversation, tout naturellement, ce fut le pied. Je dis tout naturellement, parce-que le pied est à la base du corps du sportif. C’est celui qui fait avancer, et a fortiori celui qui permet de courir. Pour les patineurs, c’est aussi un sujet délicat : certains vous en parlent même en grimaçant, tout bonnement parce qu’ils se remémorent les galères pour les rentrer (les pieds) dans les chaussures moulées, et les blessures continuelles qu’ils doivent cicatriser (quand ils en ont le temps). Le pied est enfin rattaché à la jambe par le tendon d’Achille, un autre point faible ; mais c’est une histoire trop longue et trop ancienne pour y revenir en détail !

 

Le professeur, quant à lui, avait définitivement plusieurs longueurs d’avance sur le sujet. Cela faisait maintenant presque vingt ans qu’il avait commencé ses tests, d’abord pour des sports qui lui tenaient à cœur (le basket et le volley), puis pour des sports individuels (la marche, le cross-country et donc le roller de vitesse). Il avait déjà réussi à isoler les gènes de pieds de patineurs « parfaits » en allant chercher des individus porteurs de ces gènes dans un échantillon de 1500 personnes. Il était capable de dessiner sur une feuille la courbure et le positionnement de la voûte plantaire, ainsi que des orteils de pied, tels qu’il les aurait voulus.

 

Et voilà ce que ça donne, avec des mots. Un pied de patineur, c’est un pied qui est à la fois courbé et recroquevillé. La voûte plantaire doit être courbée, presque comme un arc-de-cercle. Pourquoi ? Simplement parce-que c’est la position qu’elle adopte naturellement quand le patineur est en pleine vitesse. Or, le patineur du futur ne s’embarrassera pas de temps de repos : il sera constamment à la vitesse maximale. Pour plus d’efficacité, son pied devra donc être courbé. Mais il devra également être recroquevillé au niveau des orteils, un peu comme le font les singes quand ils grimpent aux arbres. Le sport de haut niveau se joue dans les détails : des orteils qui peuvent accrocher les semelles sont des orteils qui envoient plus de puissance dans la foulée. Essayez de marcher pied nus : si vos orteils crochent le sol, vous avez déjà quelques qualités indéniables.

 

Il y a cinq ans, le professeur avait essayé de mettre en application ses recherches, sans passer par la génétique : il avait confectionné des chaussures spéciales pour le team Salomon World, des chaussures qui présentaient une courbure au niveau de la voûte plantaire. Mais les effets mécaniques n’avaient pas été assez concluants, ce qui avait poussé Salomon à abandonner le projet, et Sporkosy à poursuivre ses recherches en génétique… Définitivement, l’avenir était dans les éprouvettes !

                                                        Une région du corps humain très complexe...
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Publié dans Le patineur du futur

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