Les Pays-Bas, un autre monde ? Deux marathons au plat pays avec le LSC

Publié le par LSC Roller

Julien Levrard, Matthieu Barrault et Vincent Esnault sont allés se frotter aux pros néerlandais l’espace de deux marathons. Au final, Julien s’en sort le mieux, décrochant une 7ème place à Emmeloord et une 11ème à Oldebroek. Au-delà de ces résultats, les trois marathoniens levalloisiens ont pu s’aligner sur des courses « extraordinaires », contre une cinquantaine de Néerlandais minimum d’un niveau homogène et bouclées à plus de 42km/h de moyenne ! Un autre monde ?

 

 

La recette de la KPN Inline Cup (la série de marathons à laquelle appartiennent Emmeloord et Oldebroek) est somme toute simple : un circuit de 800/900m autour d’un pâté de maisons (certains diront que ce circuit a la forme schématisée d’un anneau de glace), quelques barrières pour bloquer la circulation, 40km de course et les patineurs pros sur glace qui courent sur des roulettes à la belle saison. Rien de plus facile à faire ! Chacune de ces deux courses était programmée en soirée (aux alentours de 18h30), car les Seniors B (ainsi que les Juniors) et les femmes (Elites et Nationales) roulaient juste avant.

 

Première surprise : les courses Seniors B et femmes sont déjà très relevées. La masse (de participants) y est pour quelque chose, ainsi que l’enjeu. Le nombre d’athlètes au départ à chacune des deux courses dépasse allègrement la trentaine (y compris chez les femmes). Dans la catégorie B, on trouve principalement des patineurs qui se battent pour monter en A et, peut-être, décrocher un contrat pro. Chez les femmes, les patineuses sont avant tout des spécialistes du marathon, comme par exemple l’inoxydable Hilde Goovaerts (qui emène la délégation belge, suivie des sœurs Gaudesaboos, des frères Swings et de Ferre Spruyt), ainsi que des spécialistes de la glace passés sur les roulettes l’espace d’une saison estivale. Même si les distances semblent courtes, et feraient bondir dans d’autres pays (30 à 40km), l’engouement est bien là – en témoignent les chronos affichés à l’arrivée (40 minutes pour 30km chez les B à Emmeloord par exemple).

 

1272654514swings_bart_oldebroek_640.jpgBart Swings intraitable : deux victoires en deux jours !

 

Deuxième surprise : les Néerlandais savent mettre en place des marathons avec « deux bouts de ficelle. » Les deux compétitions d’Emmeloord et d’Oldebroek se déroulaient sur des circuit de 800/900m d’une simplicité biblique (deux lignes droites, deux grands virages, trois barrières pour détourner les flux de voitures…). Peu de juges – à peine trois sur la ligne d’arrivée pour valider les sprints intermédiaires et le sprint final – mais cela semble inutile : les courses vont tellement vite que faire des fautes serait totalement superflu ! Les circuits en question, même s’ils sont plats, ne sont pas forcément exempts de difficultés (des petits dos d’âne, des rainures et des îlots directionnels à Emmeloord). L’avantage également, c’est que les routes sont aussi très rapidement rendues à la circulation (il suffit de retirer les trois barrières en question). 

 

Chambouler la hiérarchie mondiale 

 

L’astuce, grâce à de tels circuits, réside dans le fait que des échappées seraient inutiles, voire suicidaires. Certes, les tentatives ne manquent pas, mais le peloton qui chasse est tellement homogène qu’à chaque fois, elles semblent condamnées à avorter – même si elles sont conduites par un Bart Swings ! On peut parler d’astuce ici, car évidemment, favoriser les sprints massifs rend le spectacle beaucoup plus intéressant ! Un peloton homogène, c’est aussi ce qui fait la force des courses aux Pays-Bas. Il y a quelques années encore, cela aurait été impossible à voir. Mais voilà, les pros de la glace se sont progressivement mis à concourir également sur les roulettes de manière pleine et entière – et pas uniquement pour se préparer à la saison sur glace suivante. Des équipes se sont formées, et, bon an mal an, des courses d’un niveau largement équivalent à une World Cup sont organisées toutes les semaines, voire plus fréquemment.

 

Une aubaine pour les Néerlandais, mais aussi un « piège. » Leur nation est si petite en superficie (comparée à la France) que les patineurs du plat pays n’ont aucun intérêt à en sortir pour courir ailleurs : ils se contentent, en quelque sorte, de leur circuit national. A quoi bon s’aligner sur une World Cup, voire un championnat du monde ? A noter que ce phénomène n’est qu’une reproduction de ce qui se passe avec la glace (les Néerlandais qui courent les coupes nationales ne s’intéressent pas aux JO). On peut pourtant imaginer qu’avec de tels athlètes (et pour appuyer, des temps de 56 minutes pour 40km à Emmeloord par exemple), ils pourraient largement chambouler la hiérarchie mondiale et modifier le schéma des marathons continentaux ou mondiaux ! Ingmar Berga l’a d’ailleurs prouvé en 2008 en allant décrocher une seconde place en WIC, lors de l’étape (néerlandaise) de Wolwega – où le quatrième était son compatriote Rob Hadders et, plus loin, Joey Mantia « seulement » sixième et Luca Saggiorato « seulement » septième.

 

            Une dernière remarque pour conclure : le circuit néerlandais des marathons semble solide et pérenne. Le système se renouvelle constamment, grâce au double intérêt que représentent les courses de roller (des compétitions avec un challenge à la clé ainsi qu’une préparation pour la glace) et grâce à l’engouement général qu’il suscite (avec la possibilité pour les meilleurs B et les Juniors de monter en A, et pour les A de décrocher un contrat). De leur côté, les femmes auto-régénèrent leur niveau en quelque sorte, étant donné qu’elles courent toutes en A : elles progressent donc forcément vers le haut, ce qui reste l'objectif  dans un sport de  compétition ! Pour comparer, le système néerlandais ressemble un peu aux courses de vélo qu’on retrouve en France, avec au bout le même avantage : des pelotons fournis de compétiteurs presque tous aptes à gagner… En tout cas, tout le monde semble y gagner ! Alors, les Pays-Bas sont-ils un autre monde du roller ? A en juger par les arguments énoncés plus tôt, oui et non... En tout cas, ils peuvent apparaître comme une source d'inspiration - la source d'inspiration qui a introduit les rollers aux roues alignées dans le reste de l'Europe voilà maintenant presque vingt ans...

Publié dans Reportages

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