Interview Taïg Khris : « mes prochains records le seront rollers aux pieds ! »

Publié le par LSC Roller

 

En l’espace de trois secondes, Taïg Khris est passé du statut de grand champion du roller à celui d’icône du sport. Grâce à son saut gigantesque depuis le premier étage de la Tour Eiffel le 29 mai dernier, le patineur est devenu une star connue et reconnue partout dans le monde. Dans cette interview, Taïg Khris explique ce qui l’a motivé à réaliser un saut de 12,50m dans le vide (record du monde à la clé). Il raconte son amour du roller, les motivations qui le poussent à se surpasser, les moments de doute aussi… Et la suite qu’il entend donner à sa nouvelle carrière de recordman !

 

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Presse, télés, radios, Internet, fans aussi sans doute… Pas trop débordé par les sollicitations médiatiques ?

Enormément ! En fait, tout s’est accéléré un mois avant le Big Jump de la Tour Eiffel. Auparavant, les médias ne pensaient pas que ça aurait lieu. Même l’Equipe ne répondait plus… Après plusieurs appels, j’ai dû aller moi-même au siège du journal pour leur faire comprendre. Tout cela paraissait tellement invraisemblable que les médias étaient dubitatifs. Mais une fois qu’ils ont compris, tout s’est accéléré. Après le Big Jump, j’ai eu droit à 150 articles de presse, j’ai répondu à 150 radios et j’ai participé à 100 émissions de TV ! Aujourd’hui, on me reconnait dans la rue, je signe des autographes et je pose pour des photos… Tout cela, c’est l’aboutissement d’un travail énorme, c’est un rêve devenu réalité. C’est aussi la preuve que le roller est un sport populaire capable de générer des audiences TV et de rameuter des sponsors. Il faut reconnaître pour finir que le timing avec l’émission Koh Lanta a été parfait : au bout de neuf prime-time, au moins sept millions de téléspectateurs me connaissaient et ont donc fait le lien avec l’événement de la Tour Eiffel.

 

Comment se sent-on quand on décroche un record du monde aussi impressionnant à battre ? Tu évoquais le fait que c’était un moment historique notamment…

Ce n’est pas tant le record pour dire la vérité… C’est surtout le fait de mener l’événement de bout en bout, de A à Z. Certes, sauter du premier étage de la Tour Eiffel est loin d’être une formalité. La pression est hallucinante. C’est deux ans de travail condensés en trois secondes. La veille, j’ai failli me casser la jambe… On était sur le fil car le challenge était beau, mais tout pouvait aussi tourner au cauchemar rapidement ! Quelques temps avant la date fatidique, j’étais loin d’être confiant : malgré tous les calculs, toutes les probabilités, tant qu’on ne l’a pas fait, on ne peut pas être sûr à 100%. Du haut de la rampe, à quelques 40 mètres de hauteur, je n’en menais pas large. Mais le jour J, j’ai su que c’était possible et que j’allais le faire. J’étais vraiment confiant.

 

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Qu’est-ce qui, pour toi, était le plus important le jour du record ?

Je me suis pas mal appuyé sur les calculs. Par exemple, il y avait du vent, mais nous avions calculé qu’à la vitesse où il soufflait, je ne risquais rien. C’est ce genre de détails qui mettent dans le coup.

 

Dans un sens, c’est incroyable : ton saut a duré trois secondes, mais tu es parvenu à rassembler des milliers de personnes (on parle de 100 000 personnes présentes sur le Champ-de-Mars et d’un pic de 1,1M de téléspectateurs). A côté de ça, pendant plus de quinze ans, tu as accumulé les titres de champions de roller, mais ce sport est resté quasiment confidentiel…

Il est vrai que les sports de glisse sont des sports de niche pour les médias et les grands sponsors. Personnellement, en m’attaquant à ce record, j’ai essayé de construire une belle histoire pour donner à la fois une image et une notoriété mondiale au roller. Le show TV, c’était aussi une belle histoire à raconter, rehaussée par la présence de mes parents et de ma copine. Depuis quelques années, il faut dire que le roller avait été mis de côté au profit du skate… Le roller acrobatique avait perdu son côté respectable aux yeux du grand public et tous les nouveaux records étaient battus soit en skate, soit en BMX. En réalisant ce Big Jump, j’ai aussi remis le roller à l’avant de la scène en quelque sorte !

 

Dans un futur plus ou moins proche, tu entends continuer à briser des records. Est-ce que ce sera toujours rollers aux pieds ?

Absolument, ce sera toujours rollers aux pieds ! Grâce au roller, je cumule des années d’expérience, de compétition, de technique… Donc oui, mes prochains records le seront rollers aux pieds ! Pour le moment, j’ai quelques pistes, mais je n’en dirai pas plus. Je peux juste dire que dans les ingrédients, on trouvera un lieu symbolique, un record à battre et une histoire à raconter…

 

Tu es Grec d’origine et tu fais du sport, beaucoup de sports d’ailleurs. Le tout évoque forcément l’olympisme. Et une question revient forcément à ce propos : le roller sera-t-il un jour reconnu par les instances olympiques ?

J’en suis convaincu. Je dirais même que je suis très confiant à ce propos. Les Jeux Olympiques, c’est aussi du business : les grands sponsors, les marques de téléphonie mobile, de boissons, de matériel informatique, etc. cherchent aussi à toucher les plus jeunes. C’est l’évolution du monde et du sport qui le dicte. Bon, les membres actuels du CIO ne connaissent pas les sports de glisse, ce n’est pas forcément leur culture. Il faudra probablement attendre des années afin que les responsables se renouvellent. Mais ça viendra un jour ou l’autre. On peut d’ailleurs comparer avec les JO d’hiver et le succès du half-pipe ou du boarder-cross. A mon avis, il existe de fortes similitudes.

 

Tu es lié avec Rollerblade depuis tes débuts pratiquement. Qu’est-ce qu’un tel engagement signifie ?

Rollerblade est la première marque qui m’ait fait confiance, qui m’ait donné la chance de passer pro. C’était au tout début de ma carrière, et je n’étais pas encore sur la plus haute marche du podium. J’avais 20 ans et ils ont misé sur moi, ils m’ont fait participer à des compétitions et à des démonstrations. J’étais extrêmement bien encadré : les gens de Rollerblade m’ont beaucoup appris sur tout, sur comment gérer les grands rendez-vous, mais aussi les médias et la communication. C’était une aide et un soutien global. Je leur en suis reconnaissant. Avant, j’aidais les ingénieurs à développer les produits ; aujourd’hui encore, je ne patine qu’avec des Rollerblade. Mais j’ai beaucoup moins de temps à consacrer au développement, donc je leur renvoie l’ascenseur grâce à des événements comme le Big Jump.

 

Le roller est un sport qu’on dirait individuel. Pourtant, on ne devient pas un grand champion et on ne brise pas des records sans une équipe soudée autour de soi…

Et je dirais même que mon premier associé, Jonathan Politur pour le nommer, m’a ouvert les yeux. C’est lui qui m’a conseillé de stopper ma carrière de compétiteur pour en commencer une nouvelle de recordman. Voilà comment tout a commencé. Nous étions trois au début, puis 180 personnes en tout à collaborer autour de ce projet. Le jour J, 80 personnes s’affairaient sur le Champ de Mars pour que tout se déroule à la perfection !

 

Dans un sens, tu es aussi un artiste, n’est-ce pas ?

Oui, complètement ! Le Big Jump, c’était un condensé de rendez-vous sportif, de concert et de show TV. Les trois secondes du saut, le travail en amont, l’argent investi, les gens qui travaillent pour l’événement et les structures tout autour. J’étais un peu comme le chanteur qui donne un concert, un peu comme l’artiste, mais aussi comme le producteur de tout ça ! Une petite anecdote : l’image du saut a fait la Une de plusieurs journaux TV dans le monde entier par la suite. Et bien c’est aussi l’aboutissement du travail de notre monteur qui a arrangé un petit reportage immédiatement après le record et qui l’a envoyé le soir même par satellite à différentes télévisions étrangères.

 

Tu dois aussi passer par des moments de découragement, non ?

Pour dire la vérité, le Big Jump a failli être annulé des dizaines de fois. Il a fallu modifier le projet, car le record initial était un saut par-dessus la Seine, mais celui-ci a été refusé. Notre premier dossier de saut depuis la Tour Eiffel a été recalé. Ensuite, deux mois avant la date fatidique, nous étions près de l’annulation pure et simple… De nombreux sponsors nous ont lâchés en cours de route, n’y croyant plus. Il a donc fallu en trouver d’autres. Je peux dire que ça a été une bataille quotidienne, et même qu’il a fallu défendre le projet jour et nuit, trouver des idées, rebondir… Par exemple, j’ai passé deux nuits blanches à créer un site Internet afin de remotiver certains sponsors ! Certes, je n’étais pas tout seul, mais je suis passé par quelques moments d’incertitude. Pourtant, au final, tout le monde était ravi de la réussite de l’événement. Le record du monde a balayé tous les doutes de nos partenaires et a récompensé toutes nos batailles !

 

Quand on entre dans l’histoire – et d’une certaine façon tu es entré dans l’histoire – on se doit de laisser un héritage et de partager avec des plus jeunes. Est-ce quelque chose que tu envisages ?

Oui et non. Ca serait sans doute trop difficile de m’investir sur ce plan-là maintenant. Mais évidemment, je veux continuer à appuyer le roller, pourquoi pas à le porter vers les Jeux Olympiques si l’occasion nous est donnée un jour prochain. Pour le moment, je suis pas mal sollicité par des entreprises qui veulent que je partage mon expérience, que j’aide à motiver des équipes… Jusqu’à ce que je doive me motiver moi-même pour le prochain record !

 

Et bien merci Taïg… Et bonne chance pour la suite !

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